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Pratiques pédagogiques

Animer sur un festival de cinéma

Un BAFA pas tout à fait comme les autres au Festival de cinéma de Douarnenez...

Certains d'entre vous se demandent peut-être, sans avoir jamais osé le demander, ce que cache ce BAFA mystérieux situé au bout du monde. Ceux à l'imagination fertile ont peut-être déjà écrit leur scénario pour compléter cet intitulé obscur. D'autres encore rêvent peut-être secrètement de venir y apporter leur touche personnelle...

Nous avons pensé qu'il était temps de vous dévoiler ce qui se passe derrière l'écran.

Depuis maintenant 6 ans, les Cemea interviennent autour du festival du film de Douarnenez.
Cette année encore, 13 stagiaires BAFA sont venus clôturer leur formation avec les Cemea à
l'occasion de cet événement engagé, riche de découvertes et de rencontres.

Mais alors, c'est quoi ce BAFA AC-FFD ?

Voici 4 points clés qui vous permettront sans doute d'y voir plus clair.

1. Des sensations fortes : voir des films et des expositions qui ouvrent les yeux sur le
monde


Le festival du film de Douarnenez a choisi depuis maintenant 40 ans de mettre en avant les questions qui touchent les minorités et les peuples opprimés. Cette ligne directrice en fait un lieu de rencontres et d'échanges très intense mais pas pour autant pessimiste. Le festival est avant tout un événement festif culturel et artistique qui encourage les combats et les initiatives pour un monde plus juste.


En plus de la sélection principale autour d'un pays ou d'un thème spécifique à chaque édition, le festival propose une sélection « Bretagne », une sélection « Monde des sourds » et une sélection « Jeune public ». De nombreux débats et rencontres sont proposés autour des films et des expositions. Le festival accorde une place particulière aux questions qui touchent les sourds et malentendants ainsi que la communauté LGBT.


En début de semaine, après un temps de présentation et de visite du lieu central du festival, nous avons proposé aux stagiaires de construire leur « parcours de festivalier ». Ils avaient la possibilité d'aller voir sur la semaine 3 films ainsi que des expositions, rencontres, débats, la librairie, etc. Nous leur avons également proposé d'installer un espace destiné aux retours.

Plus tard dans la semaine, un temps de formation leur a permis de se questionner sur comment construire un « parcours de festivalier » avec un groupe d'enfants ou d'adolescents. Différents temps nous ont également permis d'aborder les questions de l'accompagnement culturel : place et rôle de l'animateur - avant, pendant, après - une séance de cinéma, une visite d’exposition, une rencontre avec un artiste ou un organisateur, etc.

 

2. Des activités originales : vivre et construire des activités autour du festival


Le festival est également le point de départ des activités que nous proposons aux stagiaires afin qu'ils puissent enrichir leur « répertoire » en fonction de leur besoins de formation.

En début de semaine, l'équipe de formateurs, en lien avec l'équipe des Cemea en charge de l'accueil des groupes sur le festival, a proposé des activités de découverte du festival (rallyephoto, découverte des expositions, etc.). Nous sommes ici directement dans la thématique de l'accompagnement culturel.

D'autres propositions sont ensuite possibles : activités autour de l'image et du cinéma, activités d'expression, activités manuelles. Le fait de les construire en lien avec un des évènements ou aspects du festival permet aux stagiaires de voir comment offrir des activités nouvelles et originales.

Tout au long de la semaine, nous incitions les stagiaires à mener eux-même des temps d'activité plus ou moins longs.

Pour sa 40ème édition, le festival a mis un coup de projecteur sur le thème des Frontières. Certains stagiaires ont été très touchés par des situations présentées dans les films ou dans les expositions. Nous avons alors questionné la façon dont ils pourraient aborder ces problématiques avec des enfants ou des adolescents.

Plusieurs stagiaires ont par exemple été très marqués par l'exposition sur Zehra Dogan, artiste et journaliste kurde, actuellement emprisonnée par le gouvernement turc. Nous leur avons alors proposé de s'en saisir pour mener des temps d'activité avec une partie du groupe et ainsi remplir une partie de leurs besoins en formation exprimés. Ceux qui voulaient travailler la question des activités manuelles ont proposé une activité à partir de journaux. D'autres ont organisé une visite-animée de l'exposition.

 

3. Des prises de risque : animer des temps avec des publics


Une équipe des Cemea est présente sur le festival pour organiser d'une part le « mini-festival » (accueil d'enfants inscrits individuellement) et d'autre part l'accueil des groupes (accueils de loisirs qui viennent une ½ journée ou une journée sur le festival).

Nous avons fait le choix de profiter de cette collaboration possible entre les équipes Cemea pour proposer aux stagiaires BAFA d'animer des temps avec des publics. Le premier axe était de prendre en charge, en binômes, la présentation (en salle) des films de la sélection jeune public et d'animer un court temps d'échange avec les enfants à la fin des séances. Ce temps était facultatif.

Le deuxième axe portait sur la construction d'un projet d'animation vécu ensuite avec un petit groupe d'enfants accueillis dans le cadre du festival. Cette année, 4 projets ont été réalisés : jeux d'optiques autour de la malle cinéma, réalisation d'un film en stop-motion, rallye-photo découverte du festival, visite d'une exposition.

Les années précédentes, des stagiaires ont accompagné sur le festival un groupe d'adolescents tous les après-midi de la semaine et réalisé avec eux un court-métrage projeté le dernier soir au village du festival. Lien vers le film réalisé en 2016 : https://vimeo.com/180472775

Ces temps d'animation avec des publics permettent aux stagiaires d'être en situation réelle d'animation sur des activités qu'ils ne maitrisent pas toujours et qu'ils n'auraient peut-être pas oser mener sans un accompagnement préalable. Le positionnement de l'équipe de formateurs est assez spécifique sur ces temps : s'assurer en amont de la solidité du projet tout en laissant le groupe travailler seul ; pendant, s'assurer que les stagiaires ne sont pas en difficulté sans perturber leur animation.

 

4. Un grand jeu sur la semaine : réussir le casse-tête de la grille !

Le BAFA 3, c'est aussi, bien sûr, la troisième et dernière partie de la formation : celle où l'on vient analyser sa pratique et compléter ses besoins en formation pour être en mesure d'assurer l'ensemble des fonctions de l'animateur(trice). La construction de la grille de stage s'est faite avec les stagiaires, à partir de leurs besoins en formation, de leur parcours de festivalier, des projets d'animation et en fonction des contraintes horaires du festival... autant dire qu'il s'agissait d'un véritable casse-tête ! Un casse-tête qui en vaut la peine car au final, chaque stagiaire à réellement construit son propre parcours de formation.

Pour certains, un des moments forts de la semaine fut le temps d'échange avec Jérémy, animateur sourd bénévole sur le mini-festival. Pour d'autres se fut le film sur des femmes au Mexique qui préparent des repas pour les migrants qui traversent le pays sur des trains de marchandise. Pour d'autres encore, se fut leur temps de présentation devant un public de 150 personnes...

La diversité et l'engagement du festival sont une formidable opportunité pour sensibiliser les stagiaires à l'importance que peut avoir la culture dans nos approches éducatives. Il s'agit pour certains d'une réelle prise de conscience de leur rôle de citoyen et d'une ouverture à des problématiques auxquelles ils n'avaient jamais été, ou peu, sensibilisés.

Comme vous l'aurez sans compris, le BAFA 3 AC-FFD c'est 7 jours plus qu'intenses, c'est une équipe de formateurs super réactive, créative et en perpétuelle adaptation. C'est aussi de formidables échanges, des rires et des larmes, des surprises et surtout le sentiment d'amener sa petite pierre à l'ouvrage, pour que le monde que nous souhaitons ne reste pas qu'une fiction.

Alors l'année prochaine, vous-en serez ?

Aurélia Monfort (Dournenez 2017)

Alors, l'année prochaine, vous en serez ?

Seconde partie du texte

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