réseaux sociaux
> >

Actualité du moment

Pour une école de la confiance ?

Regards sur le projet de loi Blanquer "Pour une école de la confiance".

Ecole de la confiance ?

 [Au début du XXe siècle] A travers l’Europe, des médecins, des philosophes, des enseignants, font le même constat : l’école qui voulait former des citoyens éclairés a aussi formé toute une société à l’obéissance, jusqu’au sacrifice. Assez de soumission, il faut rompre avec la vieille école et ouvrir, pour la prochaine génération, un nouveau territoire, inventer une éducation nouvelle, pour un enfant nouveau qui ne fera plus jamais la guerre. 

Pendant que notre pays vit une importante réforme structurelle de son système éducatif, il fait bon réécouter l’introduction du film Révolution école, de Joanna Grudzinska. Elle nous rappelle les ambitions de l’éducation nouvelle et combien il est d’actualité de les ré-affirmer, un siècle plus tard.

Si l’on regarde le texte de la loi pour « L’école de la confiance » à travers le prisme de l’éducation nouvelle, il devient difficile d’y trouver satisfaction. Hiérarchisation, contrôle, sujétion. L’esprit du texte en donne à lire entre les lignes un parti pris focalisé essentiellement sur des facteurs techniques, tenant peu compte des facteurs humains, qui eux sont fondamentaux pour l’éducation nouvelle.

Le texte qui suit a pour but d’apporter un éclairage informatif sur le contenu de ce projet de loi et de soulever quelques questionnements qui en découlent.

Adopté le 19 février par l’assemblée nationale, le projet de loi devrait être examiné au Sénat en Avril, et en séance publique mi-mai.

 

Voici les principaux axes de ce projet :

L’abaissement de l’âge de l'instruction obligatoire à 3 ans

Actuellement, environ 3 % des enfants de cet âge ne sont pas scolarisés, soit 26 000 enfants.

Coût estimé  de la mise en œuvre de cette mesure : 120 à 150 millions d’€ pour les communes.

Une compensation financière de l’État aux communes est prévue, mais sans montant précis, ni délais, ni engagement dans la durée, ni critères pour déterminer les communes concernées.

La question des écoles privées sous contrat :

Jusqu’à présent, le caractère facultatif de l’instruction avant 6 ans permettait aux communes qui le souhaitaient de ne pas financer les écoles maternelles privées sous contrat. Hors, avec cette mesure, les mairies seront tenues de leur consacrer un forfait communal couvrant les frais de fonctionnement.

Les questions qui peuvent se poser :

 

Le pré-recrutement des enseignant.e.s ; les ESPE/INSPE

Le pré-recrutement :

Les assistant.e.s d’éducation qui se destinent aux concours d’enseignant pourront se voir confier des fonctions d’enseignement.

« Au fur et à mesure de son avancée, le futur professeur pourra endosser des responsabilités supplémentaires. Il pourra aussi percevoir un salaire net de 693 à 980 euros, cumulable avec les bourses  »1

Ce dispositif se développera en priorité dans les académies et les disciplines déficitaires.

Les questions qui peuvent se poser :

Les concours :

CRPE et CAPES se dérouleront à la fin de la 2e année de master 2.

Les 1eres sessions sont prévues en 2022.

Les questions qui peuvent se poser :

Les ESPE (Ecoles supérieures de professorat et d'enseignement) deviennent les INSPE (Insituts supérieurs nationaux de professorat et d'enseignement) :

Au delà des mots (école > institut), c'est le système de gouvernance des INSPE qui change : la direction de l’Espe n’est plus proposée et élue par les conseils des Espe, mais assurée par le recteur / la rectrice assisté.e par le président.e de l’INSPE. La direction de l’Espe est recrutée par ces deux personnes.

Les questions qui peuvent se poser :

 

La création des établissements publics des savoirs fondamentaux (EPSF)

Ces établissements vont regrouper les classes d’un collège et d’une ou plusieurs écoles situées dans le même bassin de vie.

« Le regroupement des écoles dans un EPSF est décidé par le préfet et les collectivités locales après avis  de « l’autorité de l’état compétente en matière d’éducation », par arrêté préfectoral. Il suffit que l’état et les collectivités locales le souhaitent pour que l’EPSF puisse être créé.

 L’ « EPSF » est dirigé par un principal de collège, seul chef de l’établissement. Ce principal exerce les fonctions de principal de collège et de directeur d’école. Il est le seul directeur d’école de l’établissement. Il y a un ou plusieurs « chefs d’établissement adjoints » dont un dirige les professeurs des écoles. Ce directeur-adjoint en charge des professeurs des écoles ne peut pas être un directeur d’école. Car c’est un chef d’établissement, par conséquent un personnel de direction, reçu au concours de personnel de direction. »4 Néanmoins, l’adjoint.e en charge du 1er degré est issu.e du 1er degré.

Les questions qui peuvent se poser :

Pour aller plus loin :

Sur le rôle et le fonctionnement de ces établissements :

https://blogs.mediapart.fr/delahaye-jp/blog/180319/une-reflexion-sur-les-futurs-etablissements-publics-locaux-des-savoirs-fondamentaux?fbclid=IwAR1vJaVAEwtyMpyrKtKEkg7YUu5T1lz8tr3S9iouXsxCNFfQTRbBg523XsM

Sur les pouvoirs conférés aux nouveaux personnels de direction (« managers ») :

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/03/18032019Article636884897336421792.aspx?fbclid=IwAR0en83taRaxYrl9BoSf9UxGLbcye5-To7iZjD5jolVGHShUV7QGYSwFjko

 

La liberté d’expression des enseignant.e.s : l’article 1

Contenu de l’article : «Dans le respect de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, par leur engagement et leur exemplarité, les personnels de la communauté éducative contribuent à l’établissement du lien de confiance qui doit unir les élèves et leur famille au service public de l’éducation. Ce lien implique également le respect mutuel entre les membres de la communauté éducative, notamment le respect des élèves et de leur famille à l’égard de l’institution scolaire et de l’ensemble de ses personnels.»

Un amendement «précise que l’engagement et l’exemplarité ici mentionnés doivent être compris dans le respect de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires».

Les questions qui peuvent se poser :

Il y a un flou sur l’interprétation de cet article.

Le SNUipp-FSU s'interroge sur les conséquences de la loi. «Qu’en serait-il donc d’un professeur qui dénonce une réforme ou de tous les témoignages sur les réseaux sociaux du type #PasDeVagues ?», écrivait le syndicat dont la pétition contre l’article 1 du projet de loi a recueilli plus de 12 000 signatures.

« Un passage de l’étude d’impact accompagnant la loi cristallise les inquiétudes. Il est indiqué à propos de l’article 1er que «les dispositions de la présente mesure pourront ainsi être invoquées […] dans le cadre d’affaires disciplinaires concernant des personnels de l’éducation nationale s’étant rendus coupables de faits portant atteinte à la réputation du service public. Il en ira par exemple ainsi lorsque des personnels de la communauté éducative chercheront à dénigrer auprès du public par des propos gravement mensongers ou diffamatoires leurs collègues et de manière générale l’institution scolaire. Ces dispositions pourront également être utilement invoquées par l’administration dans les cas de violences contre les personnels de la communauté éducative ou d’atteintes au droit au respect de leur vie privée, notamment par le biais de publications sur des réseaux sociaux».5

 

La fin du Conseil national de l’évaluation scolaire (CNESCO)

Il sera remplacé par le Conseil d’évaluation de l’école. Directement placé sous la tutelle du ministère, il appuiera son travail sur des études scientifiques. Ce conseil va évaluer tous les établissements.

Les questions qui peuvent se poser :

Pour aller plus loin :

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/02/01022019Article636846033807508214.aspx

 

L’école inclusive

Des Pôles inclusifs d’accompagnement locaux (PIAL) sont créés au sein de chaque département. Ils coordonnent les moyens humains dédiés à l’accompagnement des élèves en situation de handicap au sein des établissements.

Ainsi, le recrutement des AESH (accompagnant.e des élèves en situation de handicap) sera décidé par le ministère et non plus par les MPDH (maisons départenementales des personnes handicapées) comme à présent.

Les questions qui peuvent se poser :

Pour aller plus loin :

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/02/20022019Article636862435666640636.asp

Drapeau et hymne national

Obligation de deux drapeaux, l’un tricolore, l’autre européen, et des paroles de l’hymne national dans les salles de classe.

Les formulaires scolaires

Chaque formulaire administratif destiné aux familles fait mention d’un « parent 1 » et d’un « parent 2 » à la place de « Père » et « Mère ».

 

2https://www.education.gouv.fr/cid58075/concours-de-professeurs-des-ecoles-dans-l-enseignement-public-a-la-session-2017.html

3https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/formation-enseignants-ce-qui-va-changer-suite-adoption-loi-pour-ecole-confiance.html?fbclid=IwAR1_awH85FmqGDWEwWvlasY2-Xrd_orqx8ncG8qbabiIkHYizCoyWKgl0mU

4https://aoc.media/opinion/2019/02/25/fin-de-longue-histoire-directeurs-decole-primaire/?fbclid=IwAR0c4PtYp8xjayYwPI2Z09GSOExSoRqh2W-HNL7FCa1wvuuh3bFEog7zVYw

5https://www.liberation.fr/checknews/2019/02/22/le-projet-de-loi-sur-l-education-permettra-t-il-de-poursuivre-les-enseignants-qui-critiquent-l-insti_1710761?fbclid=IwAR1XHdNVoqEZCEcriqoGjWbw4wHX40FNHzxQolrdhChQJ_JAGd4tk2sDLw0

Derniers articles parus